La nécessaire démocratisation des savoirs : des concepts aux réalisations

Compte rendu des ateliers A1 - Faire coexister les différents savoirs et A2 - La co-construction des savoirs et la démocratisation des sciences en action

NB. N’hésitez pas à exprimer vos points de vue sur les questions abordées en laissant un commentaire (les commentaires étant modérés, il peut s’écouler jusqu’à 24h avant validation).

Bien que ces deux ateliers se soient déroulés successivement, les questions abordées justifient d’en rendre compte conjointement,  sous forme de réponses à quelques questions préalablement posées en introduction.

1- Ce qu’il faut entendre par « savoirs non scientifiques », savoirs de qui ? Comment les caractériser par rapport aux savoirs scientifiques ? Ce qui est attendu de leur prise en considération aux côtés de ces derniers.

C’est sans doute le point sur lequel la discussion a le plus porté et a été la plus riche. Il en résulte qu’il faudrait cesser de cataloguer globalement les « connaissances scientifiques » d’un côté et les « savoirs non scientifiques »  de l’autre, car derrière ces termes existe une diversité considérable de « connaissances » et de « savoirs ». Cela a été notamment illustré par la diversité des appellations concernant les savoirs non scientifiques (profanes, pratiques, professionnels, populaires, traditionnels, autochtones …). Mais du côté scientifique, il en va de même avec la division du travail entre disciplines et spécialités au sein de celles-ci et la diversité des langages qui en résulte (ce qui justifie de parler de « sciences »). Cette diversité contraint à préciser les termes et les conditions du rapprochement ou de la confrontation de ces deux formes de savoirs, produisant l’une et l’autre des connaissances de nature différente, chaque fois que l’on veut le faire. Cela s’impose d’autant plus qu’une analyse fine de ces deux types de connaissances montrerait que, si elles ont bien chacune leurs caractéristiques propres, cela ne conduit pas nécessairement à ce qu’elles soient irréductibles l’une à l’autre (qu’il y ait une incommensurabilité entre elles) ou à ce que l’on puisse les hiérarchiser en termes de validité. Leurs différences peuvent être source de complémentarité. Il y a toute une recherche « ascendante » (c’est-à-dire procédant de l’action) et une critériologie y correspondant à développer.   

2- Les raisons qui justifient la recherche d’une nouvelle façon de prendre conjointement en considération les différents types de savoirs

- la nature des questions,  en particulier les questions environnementales et sociétales, et le besoin de les traiter d’une autre manière que ce qu’impose l’économie ultra libérale sous le vocable d’économie de la connaissance.

- la volonté de collectivités territoriales, de grands instituts de recherche comme l’INRA, ou d’associations

- le développement tous azimuts des sciences et la voie de l’hyper-spécialisation par lequel il passe, qui conduisent à un véritable éclatement du processus d’accumulation des connaissances, lequel fragmente le réel lui-même ; d’où, d’une part, des incohérences, voire des contradictions radicales, dans les dynamiques novatrices (et ce toujours sous le label de la dite « rationalité scientifique ») et d’autre part, une présence à la fois généralisée et invisible, à force d’être diluée, d’un modèle de « science » qui impose sa façon d’agir tant sur la nature que sur le social tout en se rendant globalement insaisissable. Il a été question dans les débats d’une forme de « dictature » de la techno-science. Et aussi, d’un mal être des chercheurs.

3- La façon de concevoir leur prise en considération conjointe : modalités d’expériences réalisées

Plusieurs expérience sont été présentées. En dépit de leur diversité on peut les regrouper en deux catégories :

-Celles qui sont nécessaires pour traiter des questions en vue d’une application. (et on doit aussi souligner que les pays du sud sont très en avance sur ceux du nord dans ce domaine)

- Celles qui résultent d’une prise de conscience de la nature globale, complexe des processus dont la science doit traiter (recherches contextualisées et recherches interdisciplinaires).

4- Les questions que soulève une mise en pratique de ces tentatives de mise en commun de connaissances de natures différentes pour les chercheurs

Ces chercheurs rencontrent des problèmes à plusieurs niveaux.

Du point de vue des pratiques mêmes, ces tentatives soulèvent des difficultés d’inter compréhensions – langages, méthodologies, intérêts différents, voire hiérarchies plus ou moins implicites.

Pour le moment, elles résultent uniquement d’un engagement personnel des chercheurs, souvent au détriment de leur carrière. Ils sont notamment pénalisés par la difficulté à obtenir des financements et à publier leurs résultats dans les revues à haut niveau de citations qui sont souvent mono-disciplinaires et « gardiennes » de la routine et des techno sciences.

5- Les questions que soulève une mise en pratique de ces tentatives de mise en commun de connaissances de natures différentes pour les « acteurs » porteurs de savoirs

Absence de reconnaissance, marginalisation

Des difficultés de compréhensions, (langages, critères) voire de respect mutuel. (l’oeil de chacun sur l’autre peut être source d’enrichissement ou de malaise!)

Cela renvoie en fait à un problème de statut : celui de leur statut par rapport aux chercheurs. Ceux-ci ont tendance à les prendre comme des « objets » (fût-ce comme des « cibles ») de leur recherche, alors qu’ils doivent en être des acteurs à part entière et sur pied d’égalité avec les chercheurs. Cela pose en particulier le problème du temps disponible pour entrer dans un réel partenariat de recherche participative.

Il y a aussi des problèmes de droit. (ces recherche correspondent parfois à des pratiques interdites par le droit : reproduction et échanges de semences, préparation naturelles dites peu préoccupantes mais toujours interdites, médecines « alternatives » non conventionnelles, plantes médicinales….).

6- Propositions pour faire en sorte que les recherches participatives aient cette place et ce rôle

Toutes ces propositions se placent dans le contexte de la pluralité des démarches. Il ne s’agirait pas de remplacer une unidirectionnalité actuelle par une autre, de remplacer le pilotage par les marchés par le pilotage par la société, de nier le degré indispensable d’autonomie de la recherche. Ces propositions visent au contraire à élargir le domaine  de la recherche et de ses applications.

Une  condition préalable  est la reconnaissance réciproque de la légitimité de chacune des formes de savoirs dans leurs différences. Il s’agit d’une part de combattre la négation des savoirs populaires par une partie importante de la communauté scientifique, négation qui crée une situation de blocage qui alimente la perte de confiance dans la science d’une part  de la population et la prolifération de « faux savoirs »  Et d’autre part de combattre la méfiance vis à vis des connaissances et méthodes scientifiques par ceux qui confondent la science et les applications « sans conscience » qui en découlent trop souvent dans notre société dirigée par le seul profit.

En ce qui concerne les recherches participatives, il faudra définir les conditions qui rendent une telle recherche vraiment participatives (co-construction des questions, des protocoles, des travaux de recherche, des critères d’évaluation  etc…).

Du côté des chercheurs, il faut faire bouger les institutions, la gestion des carrières, les financements et les règles d’évaluation. Il faut aussi mieux s’emparer des « failles » existantes. Enfin il faut travailler de façon réflexive aux conditions de l’interdisciplinarité (au sens large). Cette tâche revient aux chercheurs car c’est en passant par la voie de l’évaluation collective que celle-ci pourra acquérir son statut propre de démarche scientifique pleine et entière (non exclusive d’autres). Fabriquer les critères de cette évaluation est un chantier scientifique ; il est donc de la responsabilité professionnelle des chercheurs de l’entreprendre et  de le mener à bien ; œuvre par définition collective, une critériologie de l’évaluation interdisciplinaire ne peut être le produit que d’une communauté des chercheurs qui, l’ayant construite, se la donne pour charte. Cette communauté doit donc se  construire.

Les chercheurs ne pourront mener à bien cette tâche que s’ils acceptent la participation  de la société civile dans les orientations de la recherche, son financement, la diffusion de ses résultats (ce que l’on nomme la politique scientifique). La possibilité  de  cette participation et de questionnement de la société civile repose sur un préalable incontournable : la transparence totale du fonctionnement de la recherche et la possibilité, voire l’obligation de réponse aux questions posées par la société civile. (ce qui nécessitera d’ailleurs une refonte considérable des institutions de la recherche.

Un autre préalable est le financement public d’une recherche publique. Les Partenariats Publics Privés actuels ne sont ouvert qu’au privé disposant de capacités propres de financement, c’est-à-dire avant tout les entreprises les plus riches. Le secteur associatif ne peut être associé aux travaux de recherche que s’il existe pour cela des financements publics, de niveau national pour éviter les fortes inégalités actuelles entre régions et territoires vis à vis des possibilités de telles recherches.

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