Atelier – Innovation sociale et responsable : alternative à la techno-science ?

Atelier animé par Claire Brossaud, VECAM (http://vecam.org) et co-organisé par AI2L (http://www.ai2l.org), AITEC (http://aitec.reseau-ipam.org), La Green Team (http://la-green-team.blogspot.com/), Vivagora (http://www.vivagora.org)

L’atelier visait à interroger l’innovation sociale et responsable au regard de la techno-science. On s’est demandé comment les valeurs et outils méthodologiques qui se réfèrent à ce champ-là constituent une alternative à la techno-science qui domine actuellement nos sociétés occidentales.

L’atelier a réuni 25 participants environ. 6 interventions d’une dizaine de minutes chacune ont été suivies d’un débat.

L’introduction, à deux voix, a permis de contextualiser la question posée.

Claire Brossaud (VECAM) a resitué dans un premier temps l’innovation sociale dans son contexte historique de production. Aujourd’hui, les quatre secteurs d’activité qui se mobilisent sur cette question sont ceux de :
- l’entrepreneuriat social et de l’économie sociale et solidaire
- de l’économie verte
- de la valorisation de la recherche en sciences humaines et sociales (secteur encore émergent en France, comparativement au Québec par exemple)
- du tiers secteur (association, ONG, think tank), largement représenté ici au sein du FMSD

Le socle commun de ces différents acteurs est basé sur l’idée que l’innovation doit répondre avant toute chose à une utilité sociale et à des besoins humains. La crise rend aujourd’hui nécessaire d’inscrire ce projet au sein d’une économie de la connaissance globale, selon une logique d’appropriation des biens communs de la connaissance, et donc de faire travailler ensemble et de manière transversale, tous les acteurs qui produisent de l’innovation sociale et responsable.

Bernadette Bensaude-Vincent (Université de Nanterre) a mis en perspective les dangers de la techno-science, qui est marquée par un productivisme effréné de la recherche scientifique applicative, doublé d’une croyance, notamment au niveau des Etats, dans les vertus inébranlables du progrès technique, moteur de la croissance. Il en découle une forte taylorisation et une non moins importante individualisation des modes de production de la connaissance. La science est la condition de la puissance des Etats, a t-elle rappelé, en mentionnant trois époques historiques de production de la recherche. Depuis 2000, l’innovation responsable est dans l’air du temps. On convoque d’ailleurs beaucoup les sciences sociales pour dire les limites de la science concernant la bio-tech ou les nanotechnologies. Dans le meilleur des cas, l’innovation sociale s’adresse à l’ensemble de la société civile et invite à réfléchir sur les valeurs de la société. Dans le pire des cas, elle reste le supplément d’âme de la techno-science en continuant de s’adresser à des individus consommateurs ou potentiellement malades.

Les quatre intervenants suivants ont présenté des démarches d’innovations ouvertes et participatives, des modalités d’actions et des modèles économiques qui permettent de co-construire des savoirs.

Thierry Brugvin (AITEC) a engagé le débat sur la place des savoirs traditionnels et des cultures locales dans la production de l’innovation. Il a montré comment une « technologie appropriée » – utiliser par exemple la charrue dans certains contextes au lieu du tracteur -pouvait être appliquée à des projets de développement collaboratifs impliquant plusieurs partenaires, notamment en Afrique.

Dorothée Benoit-Browaeys (VIVAGORA) s’est demandée comment avoir prise sur l’innovation à propos du « vivant », thème central de l’association dont elle s’occupe. La question invite à agir à la fois au bord de l’innovation et au cœur de l’innovation. D’un côté, il existe déjà plusieurs dispositifs efficients : l’expertise concertée et/ou co-contruite, les lanceurs d’alertes, les débats publics, les conférences de citoyens ou de consensus, etc. De l’autre, le chemin est encore long à parcourir. Il s’agit par exemple pour les représentants de la société civile d’être présents dans les institutions de la recherche comme l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Dans tous les cas, il convient de sortir de la polarisation stérile entre technophilie et technophobie et de la dichotomie entre peur et progrès.

Bastien Sybille (AI2L), a exposé les liens féconds entre Logiciels Libres et Economie Sociale et Solidaire, à travers une expérimentation intéressante menée au sein de l’Association AI2L : la création de la Forge des Logiciels Libres pour l’Economie Sociale et Solidaire. Cette forge vise à créer des logiciels via une collaboration avec une Chaire du logiciel libre basée à l’Université du Québec à Montréal. C’est une approche « top down » qui consiste à faire remonter les besoins du secteur de l’économie sociale, en matière de finance notamment, la Forge constituant l’interface entre la société civile et la recherche.
Cyril Jacques (La Green Team) a présenté le modèle coopératif de la SCOP La Green Team, qui regroupe une vingtaine de consultants en développement durable. Ce modèle s’appuie entre autres sur un laboratoire d’idée, la Green Factory, qui pour chacune des expérimentations menées, est accompagnée par un ou des doctorants issus de la recherche publique. La Green Team souhaite devenir « think tank » et « do thank » en matière de développement durable, comme le témoigne le projet en cours « Bon-Bien-Bio ». Fondée sur l’autogestion, l’organisation de la Green Team pose la question du partage de l’économie des biens de la connaissance dans un contexte marchand.

Deux thèmes récurrents ont dominé les débats :
- celui de la taylorisation de l’activité scientifique. Sur des technologies dites invisibles ou dotées d’une grande complexité comme les nanotechnologies par exemple, la division du travail empêche de voir les enjeux de la science ainsi que la chaîne de production de l’innovation dans sa totalité. Le positionnement du chercheur-citoyen est rendu d’autant plus difficile dans un contexte où il n’est plus invité à produire de la connaissance mais de l’innovation. La place des syndicats apparaît également cruciale dans ce contexte.
- celui des leviers d’action pour une expertise partagée. Comment produit-on ensemble les processus d’innovation ouverte et participative afin de construire une culture commune de l’innovation ? Plusieurs pistes ont été lancées : des leviers financiers (PICRI, boutiques des sciences, recherche partenariale au Québec) à des formes de légitimation des savoir-faire au sein des institutions de recherche (faire reconnaître notamment la responsabilité sociale du chercheur par ses pairs) en passant par l’avènement de structures issues de la société civile comme les SCOP qui ont beaucoup moins de liens aujourd’hui avec la recherche publique que les associations n’en avaient auparavant.

Autres organismes représentés dans cet atelier :
ATTAC, Association Science Technologie Société, Ecovortex, Fédération Mondiale des travailleurs scientifiques, Laboratoire d’Innovation en Ecosystèmes Numériques et Sociaux, INSEAD, Initiatives Pour un Autre Monde PAM, Inter-Réseau des professionnels du Développement Social Urbain, Multitude, Nemawashi, Office pour le Promotion de l’Habitat Ecologique Coopératif, Fondation Sciences Citoyennes, etc.

Contact : claire.brossaud@gmail.com

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