Atelier – Une nouvelle démocratie pour donner tout son sens au travail des métiers de la recherch

Par ATTAC, Espaces Marx, SNCS-FSU, SNESup-FSU

L’atelier s’est déroulé en deux temps :

- La perte de sens du travail des métiers de la recherche, nature et causes ;

- La nouvelle démocratie permettant d’y pallier. Cette partie qui portait sur les propositions reste à développer, ce qui implique de poursuivre le travail entrepris au cours de l’atelier.

Compte-rendu synthétisant ces deux temps.

1. Perte d’autonomie

Une part importante des interventions a porté sur la perte d’autonomie et la normalisation des salariés de la recherche consécutive au développement de la précarité, à la mise en concurrence généralisée, aux nouveaux modes et instances d’évaluation, de financement, d’organisation, de décision et de pouvoir. En conséquence, il y a une perte d’indépendance du travail de recherche (même si il n’y a jamais eu d’âge d’or de cette indépendance,  l’activité de recherche ayant toujours  été plus ou moins liée aux problèmes sociaux,  économiques et militaires).

La perte d’autonomie subie actuellement par les travailleurs de la recherche met de plus en plus souvent ceux-ci dans une situation de conflit entre leur éthique professionnelle et leur activité effective répondant à des critères d’évaluation, à la mise en concurrence, à la recherche de financement…, et finalement dans une situation de souffrance et de perte de sens. (Il y aurait peut être lieu de travailler d’avantage cette notion et à l’illustrer, pour la remettre dans le contexte de la science actuelle). Mais l’autonomie ne signifie pas  l’isolement dans une tour d’ivoire, ni une totale indépendance par rapports aux besoins de la société civile : un intervenant souligne qu’il ne s’agit pas d’avoir une activité complètement autonome, car il souhaite donner un sens social à son travail.

Un accent a été mis sur une conséquence du parcours de précarité qui précède l’accès à un poste statutaire (quand cet accès a lieu). Les personnels qui subissent ce parcours en souffrent et la plupart s’efforcent de se mettre aux normes et tendent à perdre de vue la valeur et le sens de leur activité. La précarité renforce le formatage et la soumission. De plus, l’évaluation pointilleuse et infantilisante des chercheurs joue un rôle d’intimidation d’autant plus grand qu’elle se fait dans un contexte de précarisation croissante. On a insisté sur le fait que les nouvelles instances d’évaluation créées ces dernières années sont opaques et non démocratiques.

Il y aurait ainsi une différence générationnelle entre des jeunes salariés de la recherche et des plus anciens qui auraient acquis l’habitude et le goût de l’autonomie.  Toutefois, si par cette pression les plus jeunes sont empêchés d’atteindre une autonomie similaire à celle des années 70, antérieure à la période néolibérale, nombre d’entre eux aspirent à une recherche qui a du sens pour la société.

Une participante, chercheuse depuis plusieurs décennies, rapporte que depuis 5 ou 6 ans elle est obligée d’élaborer ses stratégies de recherche en fonction des possibilités de financement, afin que tout simplement lui soient octroyés les moyens de mener des recherches, ce qui représente une perte d’autonnomie importante.

On s’aperçoit que la perte du sens du travail scientifique rejoint une crise plus générale du rapport au travail : un intervenant « objecteur de croissance » a exprimé sa souffrance face à la perte de sens du travail, si bien qu’il « ne travaille pas en fait ».

  • Recherche innovation

De plus en plus souvent quand il est question de recherche, il s’agit en fait, et le plus souvent explicitement, du couple recherche-innovation. Cette conception de la recherche soumet celle-ci à l’innovation, et donc au marché et à la recherche du profit, au détriment du développement même de la recherche, de son indépendance et de son sens, comme au détriment de recherches destinées à des applications ‘non rentables’ mais utiles pour la société et le développement durable et donc aux dépens de l’autonomie des personnels de la recherche et du sens de leur activité.

  • Propositions

Certaines propositions ont été discutées, d’autres n’en ont pas eu le temps. Il serait donc utile que la discussion  se poursuive.

Il est rappelé que les statuts d’emploi stables sont une condition de l’autonomie des travailleurs, dont de y compris ceux de la recherche, autonomie qui à son tour est une condition de la reconstruction du sens. Il est toutefois noté que répondre aux besoins sociétaux peut impliquer la fermeture ou la réduction de secteurs, par exemple de secteurs polluants, et entraîner la suppression de certains postes. Les salariés concernés doivent alors pouvoir bénéficier d’un nouvel emploi.

Un intervenant note qu’un revenu pour toutes et pour tous est une condition d’autonomie de la personne et de la reconstruction du sens. En effet, chacun peut alors mener librement des activités, rémunérées ou non. Notamment dans un contexte de pénurie d’emploi, la personne ne serait plus alors dans l’obligation d’accepter un travail, même si celui-ci correspond à une activité qui n’est pas porteuse de sens pour elle, voire contraire à ses valeurs.

Nécessité de passer du couple recherche/innovation au triplet recherche/connaissance/société, avec une intervention de la société (qui ne peut évidemment se confondre avec les seules entreprises) en dialogue avec les scientifiques dans la construction de la démocratie.

2. Perte de collectif

Un second thème a été très présent : la perte de collectif et l’individualisation.

Evaluation individuelle, mise en concurrence, absence de projet collectif suscitant l’adhésion et l’enthousiasme, parcellisation et individualisation des tâches …, tout pousse le salarié de la recherche à perdre le sens et le rapport au collectif.

On assiste à des détresses de l’individu face à lui-même. Lequel, en souffrance, est parfois mis en situation de faire souffrir les autres.

Des évolutions similaires touchent la plupart des travailleurs. Enfin  la perte de sens du travail est aussi souvent liée au fait que celui-ci participe à la destruction des bases environnementales de la société. Ainsi le salarié de la recherche peut souvent douter du bienfondé des applications qui seront faites des avancées de la science et de la technique auxquelles il contribue.

  • Propositions

Il est remarqué que l’autonomie et la reconstruction du sens nécessitent du collectif. Tout d’abord des cadres collectifs sont les indispensables garants contre les pressions et donc les garants de l’autonomie.  Aussi la mise en œuvre d’un projet de société, porteur de sens collectif, est une condition de la reconstruction du sens du travail, y compris pour les métiers de la recherche.

Un débat doit être ouvert afin de répondre à la question : A quoi sert la science ? Quelle est son rôle dans la société ?

Ne pas attendre pour créer du collectif et des pratiques qui sont à la base de la démocratie. Les moments de mobilisation, de lutte sont propices à l’émergence des pratiques qui fondent la vie démocratiques. Il importe d’entretenir et de développer ces pratiques au-delà des seuls moments de mobilisation.

La démocratisation peut se faire selon deux axes très différents mais complémentaires. L’un représente ce qu’un intervenant a nommé la démocratie coopérative, qui voit l’implication de membres de la ‘société civile’ au niveau même de la recherche. Par exemple il importe de développer les pratiques d’échanges de savoirs et de connaissances  L’autre consisterait en une démocratisation dans un sens participatif des institutions existantes, par la création d’instances participant aux décisions et  comprenant des scientifiques, des organisations et des citoyens. Une telle démarche peut être mise en place dès maintenant au niveau des régions, sans attendre les niveaux national ou européen : les régions sont des acteurs de plus en plus présents de la recherche.

3. Démarche de recherche

Un troisième thème a été la démarche et la philosophie de la recherche. Autrefois, par exemple pendant les années 70, si le travailleur de la recherche publique était déjà soumis à des pressions afin de répondre aux attentes des classes dominantes, sa motivation reposait néanmoins en premier lieu sur l’ambition de « faire marcher sa tête et faire avancer les connaissances ».

L’évaluation des chercheurs et l’organisation de la recherche aujourd’hui fait largement abstraction de la spécificité de l’activité de recherche, dont plusieurs intervenants ont souligné qu’elle devait être un lieu d’expression de la créativité.

Enfin a été posée la question de la possibilité de produire et de transmettre à l’université du savoir autrement que par nos règles habituelles.

Conclusion

L’atelier a présenté une large convergence sur l’ensemble des points abordés. A été noté que ces difficultés dans la recherche (perte d’autonomie, de sens…) résultent d’un certain nombre de déterminants, et pas seulement de la Stratégie de Lisbonne déployée au niveau européen, mais aussi par des facteurs liés à la crise économique et sociale et l’extension du capitalisme néolibéral en général.

Des points qui pourraient faire l’objet de discussions ultérieures sont d’une part une définition plus précise de l’autonomie des chercheurs dans les conditions de la science actuelle (où par exemple, le temps qui sépare une « découverte » et les applications qu’elle peut susciter a le plus souvent considérablement  diminué), et d’autre part, et en conséquence,  l’approfondissent des propositions sur l’évolution possible de la démocratie, y compris commençant dès maintenant.

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