Pourquoi et comment améliorer le dialogue entre les chercheurs et les mouvements sociaux?

Par Christelle Baunez, Attac-France


I. Pourquoi ?

  • Pourquoi est-ce d’abord essentiel que les travailleurs de la recherche et les mouvements sociaux dialoguent et travaillent ensemble?

Comme évoqué précédemment, nous devons faire face à des enjeux importants qui sont non seulement écologiques, technologiques mais aussi humanistes. Il est donc essentiel que le processus de production de la connaissance ne soit pas ralenti ou orienté par des considérations mercantiles, mais qu’il soit favorisé par une dynamique collective pour le bien commun. Il faut donc que la connaissance soit accessible à tous et que sa production soit également rendue possible plus largement et reconnue dans toute sa diversité.

  • Pourquoi le terme « améliorer » le dialogue dans le titre de cette plénière?

Visiblement parce que ça ne va pas au mieux et nous en avons des exemples quand on pense aux OGM ou aux nanotechnologies. En effet il semble que pour qu’il y ait dialogue, il faut qu’il y ait « confiance ».

Il semble au contraire qu’une relation de méfiance se soit installée dans les 2 sens:

La société civile se méfie des chercheurs.

- On a progressivement désacralisé le « savant » pour l’appeler « chercheur » (accompagné de la mauvaise blague: et tu trouves? Qui dénote un certain mépris que certains pousseront même à évoquer l’intérêt du chercheur pour son labo car il est chauffé et qu’il y a de la lumière (Sarkozy 2009)).

- On se méfie, à juste titre, des chercheurs prêts à placer leur recherche avant l’intérêt collectif, voire même jusqu’à la dangerosité pour la société civile.

- Crainte du scientisme.

Les chercheurs se méfient de la société civile.

- Les chercheurs sous-estiment les compétences des associations et de la société civile et sont donc globalement réfractaires à l’idée que celle-ci puisse avoir à émettre un avis quant à leurs activités.

- Crainte du seul intérêt pour l’utilitarisme et du devoir absolu d’application.

- Crainte de l’anti-science.

II. Comment améliorer ce dialogue ?

  • Améliorer la citoyenneté des chercheurs.

- Incitation à publier dans des revues à accès libre (malgré la pression à publier dans les meilleures revues, très chères et dont l’accès est totalement inégal entre pays du nord et pays du sud).

-Incitation à rendre publics des résultats obtenus sur fonds publics (malgré la pression au dépôt de brevet de la part du CNRS par exemple).

-Incitation à une meilleure réflexion quant à l’impact des recherches sur la société, multiplier les interrogations éthiques sur les expériences en cours, mais aussi sur les comportements des acteurs de la recherche (ex. de délocalisation d’expériences en Chine).

Ça peut commencer dès l’enseignement à l’université (idée de monter des filières, modules de sensibilisation).

  • Efforts à faire pour reconnaître l’expertise des associations et des mouvements sociaux

C’est particulièrement sur ce point que nous pouvons être utiles dans le cadre des forums.

  • Une meilleure compréhension des conditions de travail des acteurs de la recherche est nécessaire

Il faut savoir que la précarité augmente dramatiquement, qu’elle s’accompagne donc de pressions sur les travailleurs comme c’est le cas dans les entreprises

Les financements publics qui permettaient une grande liberté de travail n’ont cessé de diminuer au profit de financements publics sur projets précis trop souvent soumis à la loi de l’utilitarisme, ou au profit de financements privés

Changement dans les modes d’évaluation qui privilégient de plus en plus l’intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif d’une équipe, d’un laboratoire, pression à la rentabilité, prime à l’excellence, logiques qui pourraient conduire à plus ou moins long terme à la fraude scientifique…

Les changements de ces dernières années sont en adéquation avec la stratégie de Lisbonne qui vise à appliquer la logique marchande au domaine de la connaissance. Il faut une réponse à ces attaques, une réaction de résistance qui soit à la hauteur. Elle doit être forte de la part des acteurs de la recherche (nous avons eu en France des mouvements avec SLR, SLU et les syndicats), mais aussi de la part des mouvements sociaux.

III. Attac dans tout ça.

- Parce que nous souhaitons une société dans laquelle les acteurs de la recherche ne seraient pas déconnectés de la société civile, qu’ils pourraient dialoguer et travailler ensemble à la production et la transmission de la connaissance, indépendamment d’intérêts économiques et politiques,

- Parce que ce monde que nous voulons est possible et qu’Attac ne cesse de clamer, depuis 10 ans maintenant, qu’il y a des alternatives à ce monde globalisé capitaliste,

Attac se devait bien évidemment de participer à ce Forum.

Ces alternatives ne pourront se mettre en place qu’avec une participation intelligente de tous, une mise à disposition de tous les biens publics mondiaux dont devra faire partie la connaissance.

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