Archive for Initiative 2012

Recherche et citoyenneté au service d’un système éducatif à refonder

Compte rendu des ateliers C1 - L’enseignement et l’éducation au coeur du lien recherche-société et C2 - Enseignement supérieur, recherche et citoyenneté : une mise en cohérence indispensable

NB. N’hésitez pas à exprimer vos points de vue sur les questions abordées en laissant un commentaire (les commentaires étant modérés, il peut s’écouler jusqu’à 24h avant validation).

Les deux ateliers se sont déroulés –comme pour les autres axes –successivement en rassemblant quasiment les mêmes participants (40 personnes environ).

Il a donc été convenu dès le départ de travailler dans un continuum partant des analyses et critiques au regard des attentes abordées le matin, pour poursuivre par la présentation d’expériences, de « bonnes pratiques »  pour déboucher l’après-midi sur des axes prioritaires de réflexions et de propositions.

A. Problématiques initiales

1. L’éducation joue un rôle déterminant dans le lien Science Technologie Société

2. Crise actuelle du système éducatif : démocratiser réellement l’éducation au sens de rendre l’accès et la réussite non discriminants.

3. Sens du mot éducation, souvent réduit au sens de l’acquisition de techniques et de savoirs morcelés

4. Quelle finalité, quels besoins humains et environnementaux? Etre acteur, citoyen dans la société. Etre soi-même. Avoir un emploi.

5. Les savoirs : savoir-faire, savoir-être, savoir critique :autrement dit, rendre l’homme acteur et non pas seulement consommateur ou client

6. Quels contenus pour l’éducation ? Histoire, épistémologie. Par ex. contrer le scientisme.

7. Coupure entre enseignement, recherche et société civile : que l’école et les laboratoires ne soient pas à l’extérieur de la société.

8. Education : mission publique ;

B. Questions « sorties » de la matinée

1. Un système qui éduque à critiquer le système (aporie apparente) ; les mensonges et manipulation des savoirs

2. Le désir des autres (qui parle ? au nom de qui ? la démocratie à tous les niveaux)

3.  La place de l’université dans la société / dans le système éducatif ; la place et le rôle des sciences humaines et sociales

4.  La transversalité, la pluridisciplinarité, de l’expérimentation en petit groupe à la généralisation

5. Mise en réseau des acteurs -Exemple : expérimentations associations-universités, assoc-assoc et univ-univ.

C. Les témoignages

-  intervention des « petits débrouillards » dans un cursus universitaire en partenariat avec des écoles primaires

- projet à l’INSA de Lyon d’étude comparative du contenu d’études en mathématiques

- projet de partenariat Ecole de Chimie de Paris et « petits débrouillards »

- initiative de la région Ile de France : « Qsec »  (http://www.iledefrance.fr/recherche-innovation/dialogue-science-societe/question-de-sciences-enjeux-citoyens/

- les « cafés des sciences » à Lyon

- expérimentations pédagogiques http://www.ldes.unige.ch/info/membres/ag/andre.htm

- le développement de l’esprit critique (http://www.adequations.org/spip.php?article1743)

D. Thèmes traités en conclusion pour propositions et rapportés en plénière

1. Comment favoriser l’enseignement de l’esprit critique ?

- être acteur de sa formation, apprendre à de procurer le savoir, apprendre à apprendre

- développer l’expérimentation pour permettre de relativiser un savoir, de le contextualiser

- un allègement du programme sinon du volume de cours favoriserait l’approfondissement des connaissances

- favoriser ces démarches dès l’école primaire

- cette pédagogie est « déstabilisante » pour l’enseignant, d’où l’exigence d’une formation digne de ce nom au métier d’enseignant

2. Comment et pourquoi favoriser des systèmes de diffusion des savoirs alternatifs ?

- clarifier le statut des intervenants extérieurs, en particulier des associations (par ex. via des instances libres de définir les partenaires dans les facs) pour lever la crainte d’associations « cheval de Troie » du privé au sein du public

- mettre les savoirs (cours, recherches…) en ligne en open source : certains l’ont fait, il faut poursuivre et étendre de façon urgente

-  rendre obligatoire le service civique des jeunes : il y avait bien l’armée, pourquoi pas étendre le service civique, en particulier sous son format collectif ?

-   favoriser les stages dans l’économie solidaire et sociale et bien les encadrer

-   expérimenter des «résidences» croisées : un professeur  passe quelque temps dans un autre milieu professionnel et inversement (notamment entre prof et structures de l’ESS ) ;cette dernière proposition répond à la question posée dans l’atelier : quelles expérimentations mener entre participants du FMSD  ?

3. Comment rendre l’ensemble de la communauté éducative acteur ? Leur donner un pouvoir de décision

- l’éducation péri-scolaire  devrait – comme c’était prévu à la libération- être dans un grand ministère commun  avec toute l’éducation nationale,

- doivent  être restaurés ou créés tous les processus de consultation, de prise de décision de toute la communauté éducative, de tous les intéressés (enseignants et tout le personnel, élèves et étudiants, avec leurs syndicats, parents, administration, associations d’éducation…)

- faire partir la démocratie de l’unité de base : la classe, l’amphi, le labo, le service ; créer de véritables solidarités ; créer des activités de « comité d’entreprise » dans les établissements

- développer l’esprit de responsabilité et de liberté (l’une nourissant l’autre)

- rétablir la collégialité là où elle a cédé la place à la mise en concurrence

- interpeller les politiques sur les reculs récents et l’exigence d’une autre loi que la LRU dans l’enseignement supérieur

4. Les thématiques du sens du bien commun, d’éthique.

-  aborder des problématiques largement transdisciplinaires et  controversées ; c’est le contraire de l’opinion toute faite ; il faut travailler avec documentalistes, faire un recoupement de l’information

-  faire travailler les enseignants entre eux, en équipe.

-  faire réfléchir sur l’ impact sur l’emploi, sur les dimensions sociales, sur l’environnement ; ne pas cacher les contingences, l’historicité.

-  il faut créer des objets d’études transdisciplinaires

-  il faut travailler avec les étudiants sur les systèmes de valeurs et le rôle qu’ils veulent occuper : faire parler les étudiants, faire émerger les représentations spontanées pour en discuter ensemble les présupposés.

-  il s’agit de développer la capacité à affirmer une rigueur, à assumer un principe, de leur donner « accès à l’intégrité »

ne pas fermer les questions et ne pas conclure.

 

D’après les notes de Cécile Cabantous, Sylvain Duval, Jean-Paul Lainé et Eveline Manna.

 

Les chercheurs face à leurs responsabilités : le dialogue citoyen pour sortir de l’ornière

Compte rendu des ateliers B1 - La difficile question de la responsabilité des chercheurs face aux exigences sociétales et environnementales et B2 - Pérenniser le dialogue entre chercheurs et mouvements sociaux pour sortir du carcan de l’économie de la connaissance

NB. N’hésitez pas à exprimer vos points de vue sur les questions abordées en laissant un commentaire (les commentaires étant modérés, il peut s’écouler jusqu’à 24h avant validation).

Mise en garde : le compte-rendu ci-dessous n’est pas exhaustif, il reprend un certain nombre de constats, idées et propositions des participants aux ateliers B1 et B2 du forum du 24 mars 2012. Ces éléments feront office de « bases de travail » pour les suites du processus FMSD en France sur ces questions mais pourront aussi être utilisés dans le cadre de débats ultérieurs (y compris en dehors des événements estampillés FMSD).

Principales idées émises dans les propos liminaires de Jacques Testart (Fondation Sciences Citoyennes, FSC), Fabrice Flipo (FSC) et Hélène Conjeaud (Sauvons l’université, SLU)

Les chercheurs sont des travailleurs de la science et ce sont des gens normaux (au sens pré-électoral du terme) ; or leur rôle n’est pas celui de tout le monde : ce sont eux qui sont à l’avant garde de ce qui va se produire. Ils ont une responsabilité très importante dans la société.

Ce qu’il y a de nouveau dans la recherche c’est la dilution des responsabilités car les chercheurs ne sont plus isolés, ils évoluent dans des laboratoires plus ou moins importants et collaborent avec d’autres « gros » laboratoires de recherche. Le chercheur est de plus en plus un administratif et on ne sait plus qui est responsable de quoi. Chaque chercheur perd son autonomie et cela provoque une perte de responsabilité globale.

Par ailleurs à la notion de responsabilité du chercheur est souvent associé le personnage du savant fou (en particulier dans les médias) : cela relève de la littérature. Certes cela a pu être le cas à une autre époque mais c’est aujourd’hui de la fiction. Ce n’est pas le chercheur qui est dangereux c’est plutôt la science tranquille qui avance avec l’assentiment de tous mais qui n’a pas été réfléchie par la société.

Il faut donc critiquer les lieux communs :

  • la recherche a sa logique propre : il n’y a pas pourtant pas de méta-structure qui la pilote ;
  • la recherche est neutre : non, elle dépend de nombreux paramètres et se situe dans l’économie de la société ;
  • confondre savant et chercheur : il n’existe plus d’artisans de la science de l’ancienne époque (ils touchaient à tout et étaient moins dangereux) ; le chercheur est un expert et il sait presque tout sur presque rien.

Comment moraliser les acteurs dans notre société néolibérale ?

Ce que la société demande aux chercheurs c’est d’être compétitif : c’est une idée monstrueuse. Elle provoque une très mauvaise ambiance dans les laboratoires et induit un système relationnel fondé sur des projets contractuels et des résultats obligatoires. Rien d’étonnant alors au fait d’assister à des vols de résultats et au recours à la fraude (arranger les résultats pour avoir d’autres contrats). Il y a confusion totale entre société et pouvoir économique. Cela crée un biais énorme : restreindre la société à sa capacité à « faire de l’argent ».

Les savoirs techniques sont mis en avant aux détriments de la recherche dite fondamentale. Mais les modes de financement de la science (contrats, appels à projets) tendent à pousser la recherche vers la recherche finalisée à court terme. La science devrait revendiquer sa modestie et aller vers les questions sans réponse et non vers les certitudes. En s’affranchissant de cette nécessaire modestie, les chercheurs ouvrent la voie au scientisme, en conférant à la science des vertus quasi-religieuses.

Il faut que la société exige des scientifiques qu’ils fassent de la recherche fondamentale et pas seulement appliquée. Certains font des propositions, comme le « serment du chercheur » (Michel Serres) équivalent au serment des médecins. Ce n’est pas vraiment la solution. C’est un vœu pieu. Le chercheur étant un individu, il lui est très difficile d’être autocritique et de s’engager contre le système. Comme pour les lanceurs d’alerte, la seule façon est de s’organiser en réseau pour se défendre. Or tout est fait pour que le chercheur soit isolé et « coupé du monde ».  Au niveau européen, nous pouvons citer le cas du réseau ENSSER (European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility) qui permet de soutenir des lanceurs d’alerte et des chercheurs qui se posent des questions et de les aider.

Une transparence réelle et non feinte dans les milieux de la recherche permettrait de ne pas rester dans le secret qui ne permet pas, par définition, de s’interroger. Les choix de recherche doivent être collectifs et impliquer la société. Aussi la recherche doit se faire avec les citoyens en démocratisant la recherche pour la ré-enchanter et en donnant les garanties au chercheur qu’il travaille pour le bien public. C’est notamment pour répondre à cet état de fait que la Fondation Sciences Citoyennes a proposé une procédure sérieuse et rationalisée des conférences de citoyens (malheureusement déjà dévoyées) sous le vocable : conventions de citoyens. À cela s’ajoute le fait que es perspectives de modes de vie sont de moins en moins compatibles avec l’écologie et la liberté. Or la science cautionne des solutions pour éviter de poser la question des modes de vie. On souhaite nous faire croire que des solutions technoscientifiques pourront résoudre tous les maux. Or, il y a un problème d’adéquation entre ce que font les scientifiques (délégitimation) et les attentes de la société. Les scientifiques ont l’impression de faire de la science autonome bien qu’elle soit, directement ou non, dictée par l’économie et le politique. Les conventions de citoyens peuvent répondre à cela mais c’est aussi un dialogue renforcé et pérenne avec les citoyens qui permettra de dépasser les constats et les a priori.

Principaux constats effectués lors de l’atelier

Sur les sciences humaines et sociales (SHS) : on continue trop souvent d’associer la notion de responsabilité du chercheur aux sciences de la nature. Or il semble qu’en raison de la « technicisation » grandissante, les SHS produisent des procédures ou de l’ingénierie sociale (protocoles, méthodologies, enquêtes, etc.). Les aspects « immatériels » de cette production ont tendance à masquer leur niveau d’influence. Ainsi, un certain nombre d’experts autoproclamés s’est jeté sur le « participatif » avec la production d’une fiction sur ce que pourrait être le citoyen neutre, le votant seul. Aussi assiste-t-on à l’émergence d’un marché du dialogue science-société qui appelle à une vigilance accrue.

Sur la nécessité de travailler en réseau : plus de « sociabilité » entre les chercheurs et une ouverture à la société sont nécessaires pour contrecarrer le modèle individualiste proposé. Il a été rappelé la capacité protectrice du travail en réseau et de l’opportunité qu’il offre en terme de contrepoids à défaut de contre-pouvoir. Cela constitue un élément important pour éviter un cautionnement subi voire forcé du système de contractualisation actuellement en place dans la recherche.

Sur la difficulté à trouver un vocabulaire commun avec la société : même si un dialogue est possible entre le monde de la recherche et la société (le FMSD le prouve), restent à définir un langage commun dans la mesure où les chercheurs ont tendance à utiliser le vocabulaire spécifique à leur discipline qui contraste souvent avec le langage moins spécialisé (ce qui n’en fait pas un sous-langage mais plutôt un langage contextualisé, fortement marqué par les expressions médiatiques).

Sur la neutralité de la science : la question de responsabilité des scientifiques est souvent associée à la neutralité supposée de la science. Or la science n’est pas neutre, elle a sa logique propre. Les marchés ont également leur logique propre ce qui ne veut pas dire que la recherche doive-t-y être inféodée. De fait, on assiste à une forme de schizophrénie de la recherche tiraillée d’un côté par sa logique propre et de l’autre par la nécessité de trouver des contrats. La création de l’Agence nationale de la recherche (ANR) a accentué ce phénomène dans la mesure où elle a considérablement réduit la logique propre à chaque discipline. Cela participe au phénomène de mutation de la recherche scientifique en recherche technologique. à la création du CNRS, une activité de vulgarisation était exigée, elle a disparu aujourd’hui. À l’inverse, on exige du jeune chercheur une capacité à déposer des projets à l’ANR qui est une instance marchande. Autrement dit la logique marchande s’est insinuée dans le métier, elle le détourne de l’espace scientifique.

Sur le recrutement des chercheurs : à la création du CNRS, une activité de vulgarisation était exigée, elle a disparu aujourd’hui. À l’inverse, on exige du jeune chercheur une capacité à déposer des projets à l’ANR qui est une instance marchande. Autrement dit la logique marchande s’est insinuée dans le métier, elle le détourne de l’espace scientifique. L’exigence de rentabilité est « intégrée ».

Pistes et propositions pour l’avenir

- Pérenniser le dialogue sciences et société au travers de rencontres publiques, d’ateliers de travail…

- Diffuser les informations relatives aux questions de responsabilité des scientifiques via une plateforme web « Sciences et société ». Cette plateforme permettrait un échange sur les expériences menées par les uns et les autres et de recueillir des témoignages des acteurs sur les pratiques.

- Intégrer (ou généraliser) à la formation initiale et continue des étudiants et chercheurs des modules de communication/vulgarisation/médiation, d’éthique, d’histoire des idées ou encore d’épistémologie.

- Suivre les travaux de l’UNESCO relatifs la mise à jour des recommandations concernant les chercheurs scientifiques (1974) à défaut de réfléchir à une charte de déontologie du chercheur.

 

Merci à Isabelle Maugis (Adreca, Echop’ à Sciences, FSC) pour la prise de notes durant la journée.

La nécessaire démocratisation des savoirs : des concepts aux réalisations

Compte rendu des ateliers A1 - Faire coexister les différents savoirs et A2 - La co-construction des savoirs et la démocratisation des sciences en action

NB. N’hésitez pas à exprimer vos points de vue sur les questions abordées en laissant un commentaire (les commentaires étant modérés, il peut s’écouler jusqu’à 24h avant validation).

Bien que ces deux ateliers se soient déroulés successivement, les questions abordées justifient d’en rendre compte conjointement,  sous forme de réponses à quelques questions préalablement posées en introduction.

1- Ce qu’il faut entendre par « savoirs non scientifiques », savoirs de qui ? Comment les caractériser par rapport aux savoirs scientifiques ? Ce qui est attendu de leur prise en considération aux côtés de ces derniers.

C’est sans doute le point sur lequel la discussion a le plus porté et a été la plus riche. Il en résulte qu’il faudrait cesser de cataloguer globalement les « connaissances scientifiques » d’un côté et les « savoirs non scientifiques »  de l’autre, car derrière ces termes existe une diversité considérable de « connaissances » et de « savoirs ». Cela a été notamment illustré par la diversité des appellations concernant les savoirs non scientifiques (profanes, pratiques, professionnels, populaires, traditionnels, autochtones …). Mais du côté scientifique, il en va de même avec la division du travail entre disciplines et spécialités au sein de celles-ci et la diversité des langages qui en résulte (ce qui justifie de parler de « sciences »). Cette diversité contraint à préciser les termes et les conditions du rapprochement ou de la confrontation de ces deux formes de savoirs, produisant l’une et l’autre des connaissances de nature différente, chaque fois que l’on veut le faire. Cela s’impose d’autant plus qu’une analyse fine de ces deux types de connaissances montrerait que, si elles ont bien chacune leurs caractéristiques propres, cela ne conduit pas nécessairement à ce qu’elles soient irréductibles l’une à l’autre (qu’il y ait une incommensurabilité entre elles) ou à ce que l’on puisse les hiérarchiser en termes de validité. Leurs différences peuvent être source de complémentarité. Il y a toute une recherche « ascendante » (c’est-à-dire procédant de l’action) et une critériologie y correspondant à développer.   

2- Les raisons qui justifient la recherche d’une nouvelle façon de prendre conjointement en considération les différents types de savoirs

- la nature des questions,  en particulier les questions environnementales et sociétales, et le besoin de les traiter d’une autre manière que ce qu’impose l’économie ultra libérale sous le vocable d’économie de la connaissance.

- la volonté de collectivités territoriales, de grands instituts de recherche comme l’INRA, ou d’associations

- le développement tous azimuts des sciences et la voie de l’hyper-spécialisation par lequel il passe, qui conduisent à un véritable éclatement du processus d’accumulation des connaissances, lequel fragmente le réel lui-même ; d’où, d’une part, des incohérences, voire des contradictions radicales, dans les dynamiques novatrices (et ce toujours sous le label de la dite « rationalité scientifique ») et d’autre part, une présence à la fois généralisée et invisible, à force d’être diluée, d’un modèle de « science » qui impose sa façon d’agir tant sur la nature que sur le social tout en se rendant globalement insaisissable. Il a été question dans les débats d’une forme de « dictature » de la techno-science. Et aussi, d’un mal être des chercheurs.

3- La façon de concevoir leur prise en considération conjointe : modalités d’expériences réalisées

Plusieurs expérience sont été présentées. En dépit de leur diversité on peut les regrouper en deux catégories :

-Celles qui sont nécessaires pour traiter des questions en vue d’une application. (et on doit aussi souligner que les pays du sud sont très en avance sur ceux du nord dans ce domaine)

- Celles qui résultent d’une prise de conscience de la nature globale, complexe des processus dont la science doit traiter (recherches contextualisées et recherches interdisciplinaires).

4- Les questions que soulève une mise en pratique de ces tentatives de mise en commun de connaissances de natures différentes pour les chercheurs

Ces chercheurs rencontrent des problèmes à plusieurs niveaux.

Du point de vue des pratiques mêmes, ces tentatives soulèvent des difficultés d’inter compréhensions – langages, méthodologies, intérêts différents, voire hiérarchies plus ou moins implicites.

Pour le moment, elles résultent uniquement d’un engagement personnel des chercheurs, souvent au détriment de leur carrière. Ils sont notamment pénalisés par la difficulté à obtenir des financements et à publier leurs résultats dans les revues à haut niveau de citations qui sont souvent mono-disciplinaires et « gardiennes » de la routine et des techno sciences.

5- Les questions que soulève une mise en pratique de ces tentatives de mise en commun de connaissances de natures différentes pour les « acteurs » porteurs de savoirs

Absence de reconnaissance, marginalisation

Des difficultés de compréhensions, (langages, critères) voire de respect mutuel. (l’oeil de chacun sur l’autre peut être source d’enrichissement ou de malaise!)

Cela renvoie en fait à un problème de statut : celui de leur statut par rapport aux chercheurs. Ceux-ci ont tendance à les prendre comme des « objets » (fût-ce comme des « cibles ») de leur recherche, alors qu’ils doivent en être des acteurs à part entière et sur pied d’égalité avec les chercheurs. Cela pose en particulier le problème du temps disponible pour entrer dans un réel partenariat de recherche participative.

Il y a aussi des problèmes de droit. (ces recherche correspondent parfois à des pratiques interdites par le droit : reproduction et échanges de semences, préparation naturelles dites peu préoccupantes mais toujours interdites, médecines « alternatives » non conventionnelles, plantes médicinales….).

6- Propositions pour faire en sorte que les recherches participatives aient cette place et ce rôle

Toutes ces propositions se placent dans le contexte de la pluralité des démarches. Il ne s’agirait pas de remplacer une unidirectionnalité actuelle par une autre, de remplacer le pilotage par les marchés par le pilotage par la société, de nier le degré indispensable d’autonomie de la recherche. Ces propositions visent au contraire à élargir le domaine  de la recherche et de ses applications.

Une  condition préalable  est la reconnaissance réciproque de la légitimité de chacune des formes de savoirs dans leurs différences. Il s’agit d’une part de combattre la négation des savoirs populaires par une partie importante de la communauté scientifique, négation qui crée une situation de blocage qui alimente la perte de confiance dans la science d’une part  de la population et la prolifération de « faux savoirs »  Et d’autre part de combattre la méfiance vis à vis des connaissances et méthodes scientifiques par ceux qui confondent la science et les applications « sans conscience » qui en découlent trop souvent dans notre société dirigée par le seul profit.

En ce qui concerne les recherches participatives, il faudra définir les conditions qui rendent une telle recherche vraiment participatives (co-construction des questions, des protocoles, des travaux de recherche, des critères d’évaluation  etc…).

Du côté des chercheurs, il faut faire bouger les institutions, la gestion des carrières, les financements et les règles d’évaluation. Il faut aussi mieux s’emparer des « failles » existantes. Enfin il faut travailler de façon réflexive aux conditions de l’interdisciplinarité (au sens large). Cette tâche revient aux chercheurs car c’est en passant par la voie de l’évaluation collective que celle-ci pourra acquérir son statut propre de démarche scientifique pleine et entière (non exclusive d’autres). Fabriquer les critères de cette évaluation est un chantier scientifique ; il est donc de la responsabilité professionnelle des chercheurs de l’entreprendre et  de le mener à bien ; œuvre par définition collective, une critériologie de l’évaluation interdisciplinaire ne peut être le produit que d’une communauté des chercheurs qui, l’ayant construite, se la donne pour charte. Cette communauté doit donc se  construire.

Les chercheurs ne pourront mener à bien cette tâche que s’ils acceptent la participation  de la société civile dans les orientations de la recherche, son financement, la diffusion de ses résultats (ce que l’on nomme la politique scientifique). La possibilité  de  cette participation et de questionnement de la société civile repose sur un préalable incontournable : la transparence totale du fonctionnement de la recherche et la possibilité, voire l’obligation de réponse aux questions posées par la société civile. (ce qui nécessitera d’ailleurs une refonte considérable des institutions de la recherche.

Un autre préalable est le financement public d’une recherche publique. Les Partenariats Publics Privés actuels ne sont ouvert qu’au privé disposant de capacités propres de financement, c’est-à-dire avant tout les entreprises les plus riches. Le secteur associatif ne peut être associé aux travaux de recherche que s’il existe pour cela des financements publics, de niveau national pour éviter les fortes inégalités actuelles entre régions et territoires vis à vis des possibilités de telles recherches.

Comment préparer votre participation au forum du 24 mars 2012

Pour préparer la journée du 24 mars 2012, les organisations ayant participé à la structuration du Forum pour repenser les rapports Recherche / Société mettent à votre disposition des documents vous permettant de mieux appréhender les thématiques abordées.

Si vous souhaitez vous aussi apporter une contribution, merci de l’envoyer à Fabien Piasecki (Secrétariat international du FMSD et Fondation Sciences Citoyennes) : fabien.piasecki[at]sciencescitoyennes.org

Vous pouvez par ailleurs faire circuler les informations concernant le forum en imprimant l’affiche et le programme (ou en les diffusant via votre messagerie électronique) : Affiche FMSD France 2012 (format PDF, A4) et Programme FMSD France 2012 (format PDF, A4 R/V)

Axe A : La nécessaire démocratisation des savoirs : des concepts aux réalisations

Axe B : Les chercheurs face à leurs responsabilités : le dialogue citoyen pour sortir de l’ornière
Axe C : Recherche et citoyenneté au service d’un système éducatif à refonder

Contribution aux débats par Hervé Le Meur